Dans l’histoire monarchique, le pouvoir ne s’exerce jamais loin des regards, des rumeurs et des intrigues. La vie privée des souverains a souvent été le théâtre de scandales aux répercussions politiques majeures. Maîtresses royales, pamphlets, accusations d’impuissance ou d’empoisonnement : ces éléments contribuaient à ébranler non seulement la réputation des monarques, mais aussi la stabilité même de leurs règnes.
À la cour, la figure de la maîtresse royale dépasse la sphère privée. Elle devient un levier d’influence politique et une cible pour les opposants du roi. Louis XIV, surnommé le « Roi Soleil », illustre parfaitement cette réalité. Ses nombreuses favorites, de Louise de La Vallière à Madame de Montespan, puis Madame de Maintenon, ne furent pas seulement des compagnes, mais aussi des actrices politiques. Par leur proximité avec le roi, elles pouvaient orienter certaines décisions, distribuer des faveurs, voire susciter jalousies et complots. Leur statut, loin d’être anodin, alimentait une intense polémique au sein de la cour et au-delà. Des pamphlets circulaient, dépeignant ces femmes comme des intrigantes, des manipulatrices, voire des sorcières. Ces textes satiriques et souvent diffamatoires se répandaient autant dans les milieux populaires qu’aristocratiques, exacerbant les tensions. Par exemple, Madame de Montespan fut accusée publiquement d’empoisonnement et de sorcellerie dans l’affaire des « poisons », à la fin du XVIIe siècle, une affaire mêlant courtisans, alchimistes et pratiques occultes. Ces accusations visaient non seulement la maîtresse, mais portaient aussi atteinte à l’image du roi.
La virilité du souverain était perçue comme le symbole de sa capacité à gouverner et à assurer la continuité dynastique. Toute rumeur d’impuissance ou d’infertilité pouvait donc fragiliser sa légitimité. La reine Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, fut la cible de rumeurs persistantes d’infidélité et d’incapacité à donner un héritier. À cela s’ajoutaient des pamphlets insultants qui la dépeignaient comme une femme frivole, étrangère et responsable de tous les maux. Ces attaques avaient pour but de discréditer la monarchie dans une France déjà secouée par la crise politique et sociale, contribuant à la montée de la contestation révolutionnaire. De même, Élisabeth Ire d’Angleterre, connue pour son image de « reine vierge », dut faire face à des rumeurs d’impuissance politique et personnelle. Dans un contexte où la monarchie reposait aussi sur les alliances matrimoniales et la transmission du pouvoir, son célibat et son refus de se marier alimentèrent pamphlets et intrigues. Ces attaques visaient à affaiblir sa position face aux prétendants étrangers et aux factions rivales, transformant sa cour en véritable champ de bataille politique.
L’empoisonnement constituait un outil redouté dans les luttes de pouvoir à la cour. Réel ou simplement évoqué, il symbolisait la menace constante qui pesait sur les souverains et leur entourage. Dans le cas de Louis XIV, l’affaire des poisons révéla un réseau secret de complots impliquant nobles, médecins et alchimistes, où certaines maîtresses royales furent associées à des tentatives de meurtre par poison. Ces accusations mirent en lumière la vulnérabilité de la cour face aux conspirations, entre paranoïa et réalité. Marie-Antoinette, déjà isolée par ses origines étrangères, fut à tort accusée d’empoisonnement pendant la Révolution française, notamment dans le cadre de rumeurs autour de la mort mystérieuse de son fils. Ces accusations, bien que sans fondement, alimentèrent la haine populaire et contribuèrent à justifier la chute de la monarchie.